Maria Dolores
Si son père ne lui avait pas appris la poésie, le chant et la danse, Margarita Carmen Dolores aurait sans doute trouvé un mari, fondé un foyer et élevé des enfants…Mais le Music-Hall y aurait perdu Maria Dolores !
Icône du Kitch Latin dont Marcello Mastroianni disait « Elle est un flocon de neige sur un toit brûlant… » Maria Dolores, la chanteuse à la voix indigo, n’a pas le goût des demi-mesures.
Voici bien longtemps que la « biche madrilène » hante  les cabarets du monde entier et ouvre sur scène un véritable champ de bataille. La Diva y déploie ses humeurs, aussi changeantes qu’un ciel d’avril, et tout entière dévouée à son cher public, elle chante comme seuls les coeurs battants savent le faire…
Elue à seulement 10 mois le plus beau bébé de Buenos Aires, elle n’a plus remis les pieds dans cette ville depuis ses 18 ans, et s’était bien juré de ne plus jamais chanter le tango, suite à des déboires sentimentaux avec des musiciens argentins… Peut être est ce le fait qu’elle naquit brune et non pas blonde qui la sauva du destin tragique de ces starlettes qui meurent d’un excès de somnifère ? A demi élevée par sa tante, poétesse et inventrice de dictons à ses heures perdues, à qui elle vaut un culte sans faille, Maria vogue de la France à l’Amérique, en passant par l’orient et la Russie, adoptant us et coutumes, mariages et divorces, gourmandises et régimes alimentaires…
La vie de Maria Dolores ressemble à ces contes de fées où de jeunes pauvresses rêvent de rencontrer le prince charmant au détour d’un fourré. Seulement, « le conte de fées s’arrête là où la vraie vie commence… » aime à dire notre Maria, ajoutant avec malice : « et en matière de fourré, je n’ai jamais eu la main verte ! » Alors est-ce la maturité féminine où la nostalgie du souvenir qui l’a poussée à nouveau dans les bras du tango ? Dieu seul le sait ! la voici à nouveau engloutie dans ce répertoire suave et lacrymogène, auprès d’un quartet dont on ne sait s’ils sont victimes ou…victimes…

Sandrine
Ex rédactrice en chef du magazine « je suis jeune et alors », ex mannequin vedette du mensuel culinaire « je me régale, et alors ? », cette passionnée de mode,  consacre la majeure partie de son temps à infiltrer ce milieu sans pitié.
Après un vague passage infructueux à New York, sa green card arrivant à terme, et n’ayant pas réussi comme escompté, à épouser Georges Clooney, ou au moins un directeur de casting, elle rentre en France désabusée…
Au pôle emploi de Houilles, elle tombe sur une annonce prémonitoire : « cherche pianiste, de préférence corporellement agréable, mais de niveau quelconque, pour intégrer un quartet de tango ». Elle se rappelle alors qu’avant de sombrer dans la mode addiction, elle avait suivi un cursus classique au conservatoire .
Se parant de sa seule robe haute couture, H&M imitation Dior, elle passe l’entretien avec succès, et ce, sans jouer la moindre note de piano….
Elle découvrira plus tard, qu’elle n’est pas la seule femme de ce quartet, et que le faciès de Maria Dolores n’est pas sans lui rappeler celui d’une ancienne rivale rencontrée lors d’une fashion week à Buenos Aires quelques années auparavant

Ariane
Lorsqu’on voit le jour dans un bidonville de Caracas, le pourcentage de chance de remporter un 1er prix de violon classique est de 0,5%.
Ainsi commence la destinée veinarde d’Ariane, puisqu’elle naquit non pas dans cette cité de la peur, mais au coeur d’une paisible cité de l’agglomération de Paris.
Tour à tour enfant de chœur, puis jeune fille au pair, et enfin seizième violon de l’orchestre principale de sa ville, elle fait une carrière irréprochable… la fierté de la mairie de Houilles sur Carrière !
Jusqu’au jour où la perversion croisa son chemin, dissimulée sous le visage d’un angélique Argentin, boulanger le jour et musicien la nuit… Il lui enseigne la passion du tango, et celle d’être mère !
Elle épouse alors sa condition toute entière, vivant une vie parallèle où elle joue Schubert le jour, et Piazzolla la nuit… Jusqu’à ce matin où l’Argentin sortit chercher des cigarettes et ne revint jamais…
S’en suivit une brève dépression, mais la force incarnée de la jeune femme la rattrape bien vite, et elle reprend sa double vie, jusqu’à sa rencontre avec l’Amapola Quartet.

Michel
Musicien de père en fils depuis 8 générations, Michel avait un destin tout tracé : jouer du piano. Il marche donc sur les traces d’un père autoritaire, jusqu’au jour de ses 18 ans, où une fête d’anniversaire le mène dans les bas-fonds d’un bar où se joue une musique qu’il n’a jusqu’alors jamais entendue: le tango.
C’est la révélation, Michel se prend de passion pour le bandonéon et claque la porte au nez du classique et de son père castrateur. Suite à une liaison extra conjugale, il hérite d’un enfant adultérin, et après un divorce catastrophique  élève  le petit garçon seul. Il n’a depuis jamais connu d’autre femme, dont il se méfie comme de la peste, et consacre sa vie à la musique et à la transmission de sa passion à son fils Christophe.
C’était sans compter sur sa rencontre, dans une petite épicerie de quartier, avec Maria Dolores qu’il entend chantonner un air bien connu « la ultima curda » tout en pesant ses courgettes…Il lui propose alors de chanter avec lui et fonde le jour même l’Amapola Quartet , magnifique écrin dans lequel s’épanouit Maria Dolores qu’il vénère et dont il cherche à obtenir les faveurs en cédant à tous ses caprices.

Christophe
Christophe est le fruit d’une liaison adultère entre Michel , alias « Casque d’or », pianiste de renommée régionale, et d’une mère inconnue,  un soir de débauche dans un quartier sordide de la Seine Saint Denis.
Dès sa naissance, e sort s’acharne sur lui et ses proches. En effet, sa  mère met cinq jours entiers  à accoucher avant de sombrer dans la démence, tandis que la couveuse de la maternité, dans lequel il est placé, tombe en panne. Ce n’est qu’après l’avoir tiré d’affaire que les médecins s’aperçoivent qu’il n’a qu’un seul rein.
Il va passer la majeure partie de son enfance à écouter son père répéter dans le salon. Malgré l’autoritarisme de ce dernier, il lui voue une admiration sans failles et se réjouit à l’idée de le suivre tous les soirs dans des cafés concerts miteux de la capitale.
Michel tente d’initier son fils à la musique et lui impose, durant de longues  années,  l’apprentissage du cor des Alpes; instrument qu’il vénère par-dessus tout.  Le jeune homme s’avère peu motivé mais fait preuve d’abnégation  en travaillant d’arrache pied.  Il finit par haïr cet instrument, à un tel point qu’il refusera de mettre les pieds sur le territoire helvétique.
Des années plus tard, dans le métro parisien, il passe devant un contrebassiste roumain en train de s’acharner sur son instrument. Le coup de foudre est immédiat. Malgré le refus catégorique de son père, Christophe décide d’en faire son instrument.
Peu fortuné, il va devoir vendre son deuxième et dernier rein afin de pouvoir s’acheter sa première contrebasse.
Michel , devant une telle obstination, finit par accepter la fatalité, et l’intègre alors dans le prestigieux Amapola Quartet qu’il vient de fonder.